L’histoire de Julie: une femme brave face à la violence des bandes armées | WWF

L’histoire de Julie: une femme brave face à la violence des bandes armées

Posted on 23 June 2017
Julie Feza avec un représentant de la Mission des Nations Unies au Congo après son enlèvement
© WWF RDC
Une belle journée du début du mois de mai 2017, sur l’axe Bukavu-Mwenga, Province du Sud-Kivu dans l’est de la République Démocratique du Congo : une équipe de deux ONG internationales est en route pour rentrer à Bukavu. L’équipe comprend quelques partenaires de ces ONG dont Julie BUSHUNJU FEZA, Coordinatrice de la plateforme d’une dizaine d’organisations appelée « Braves femmes du Congo ». La mission s’est bien déroulée et chacun pense sans doute au repos qui l’attend après le voyage.
Le WWF via son programme financé par l’agence suédoise de coopération au développement international (Sida) appuie les « Braves femmes du Congo ». Les appuis sont axés sur la mise en œuvre des activités de pisciculture, de production de foyers améliorés, des mutuelles de solidarité, de la transformation des produits agricoles, du reboisement et du petit élevage. Plus de 3000 personnes ont ainsi bénéficié de ces appuis dont des jeunes filles et femmes  victimes de violences liées au genre, des jeunes démobilisés, des membres des peuples autochtones et d’autres couches de populations vulnérables.
Partis de la cité de Mwenga à 9 heures, les passagers des deux voitures, neuf personnes au total, Julie étant la seule femme,  ne s’attendaient pas à ce qui devrait se passer trois heures plus tard : une embuscade tendue par 26 hommes armés de fusils et d’armes blanches forcera les deux voitures des ONG internationales à s’arrêter. Trois autres voitures légères et un nombre de minibus qui roulaient juste derrière eux tombent également dans le guet-apens. Les passagers se voient dépouillés de tous leurs bagages, quel qu’en soit le contenu, qui vont être acheminés vers le camp des bandits.
Seule femme dans les deux premières voitures, Julie Feza est forcée de porter ses propres bagages ravis par les bandits  à destination de leur repaire situé en un lieu inconnu. Il faut pour cela gravir une série de pentes raides. Fatiguée, Julie, s’arrête à un moment pour souffler un peu. Furieux, les bandits la fouettent sauvagement pour la forcer à continuer. Prenant son courage à deux mains, Julie leur demande alors «  Qui êtes-vous ? ». En réponse, les bandits lui déclarent « Nous sommes membres des Raia Mutomboki » [Un groupe armé criminel sévissant dans l’est de la RDC]. Relevant fièrement la tête, Julie leur répliqua avec cran « Nous sommes aussi des Raia (qui signifie en fait citoyen en langue locale) comme vous ; pourquoi vous nous faites souffrir alors que nous sommes là pour  vous aider à sortir de cette situation instable dans lequel vous êtes ? » Et de continuer «  Ne savez-vous pas que nous, Braves femmes du Congo, militons pour vous sortir de cette guerre sans avenir et vous aider à vous joindre à nous pour le développement et la reconstruction du Congo ?». Pour toute réponse, ils la frappèrent davantage et la forcèrent à avancer pour se rapprocher du reste du groupe ayant pris de l’avance.
Après avoir monté des pentes raides sous un soleil ardent, assoiffée, Julie demande au bandit qui la surveillait de lui donner de l’eau, en gesticulant, comme si elle n’avait plus force, ni de salive pour bien articuler. Le bandit, tout en lui donnant une bouteille d’eau, lui exige de ne pas la boire toute. Deux heures plus tard, alors qu’elle demande encore de l’eau, les autres bandits la grondent sévèrement: « Qui es-tu toi otage qui demande toujours de l’eau ? ». Exténuée, Julie répond machinalement, « Vous aviez dit que je serai votre femme et puis la femme de Natirumanga (coupeur de tête en langue locale) votre chef ! Si vous ne me donnez pas de l’eau, je risque de tomber raide morte et de ne pas arriver à destination».  Un des bandits lui ordonne alors de se taire sous peine de la fusiller. Julie, forte de sa foi en Dieu lui réplique, « Si le Dieu de Daniel qui n’a pas voulu qu’il meure dans la fosse aux lions ne le veut pas, je ne mourrai pas non plus des fusils de vos mains ». Etonné, le bandit lui posé une question «  Est-ce que tu es pasteur ? ». En tant que membre du groupe des Braves femmes, Julie était préparée aux réalités de la guerre dans l’est du Congo. Elle fixe ses bourreaux dans les yeux tout en continuant péniblement. Vers 3h de l’après-midi constatant que Julie était à bout de forces, le bandit qui la surveillait finira par lui arracher le bagage qu’elle portait. Voyant cela, un autre bandit rétorque «  Mais pourquoi tu la laisses ? » L’autre réplique, « Elle n’est plus bonne à continuer car elle va mourir sur place à cause des coups de fouets reçus. ». La laissant inanimée, les bandits continuèrent leur route, avec les autres otages forcés eux aussi à porter leurs bagages.
Laissée pour morte, Julie ne savait pas quelle direction prendre pour se diriger vers un village. Elle trainait donc sur le même chemin utilisé par les bandits. Un vieux finit par la retrouver errante et, donc à portée d’un probable retour des malfrats. Le vieux  avec l’aide de bergers qui gardaient leurs troupeaux de chèvres et de vaches lui donnèrent de l’eau, un peu de nourriture et elle put ainsi rejoindre le plus proche village, Walungu, autour de 20h.
Le lendemain du jour de l’attaque, bien à l’ abri chez elle à Bukavu, elle fut jointe au téléphone par un membre de l’équipe de l’une des deux ONG internationales, qui cherchait à s’enquérir de sa santé et à la réconforter. En entendant son témoignage, la personne qui la contacta lui demanda si après cet incident, elle aurait encore le cœur de travailler à Mwenga et dans ses environs (ce qui signifiait de passer de nouveau par le lieu de l’embuscade). Elle lui répondit jovialement, chose surprenante pour une personne venant de subir un tel traitement : « Qui d’autre aidera ces pauvres populations si tout le monde se désiste après une embuscade ? ».  Et d’ajouter que s’il fallait y revenir la semaine prochaine, elle serait prête, le temps juste de panser ses plaies et de se reconstituer.
Encouragé par la réaction de Julie, le représentant de cette ONG lui a demandé l’autorisation de partager son histoire avec le monde entier. Elle a encore répondu jovialement « Oui, si ça peut aider les autres à ne pas se décourager facilement face aux défis ! ». Cette réponse très encourageante a été partagée avec les autres organisations intervenant dans la zone et quatre jours après l’embuscade, un représentant de la MONUSCO (Mission des Nations Unies au Congo) est lui-même venu la voir chez elle pour lui demander de présenter son témoignage lors d’une réunion de formation sur le thème « Comment se comporter, quand on fait face à un enlèvement ».
La date de la réunion fut ensuite fixée et c’est sans hésiter que Julie raconté son histoire devant une audience captivée  par  son courage et sa bravoure comme « Brave femme du Congo ».
Julie, qui n’a même pas eu besoin de consulter de médecins spécialisés comme des psychologues pour se reconstituer, raconte sans se lasser son expérience pour exhorter les ONG internationales, les humanitaires et les passagers traversant et travaillant dans des zones à risques à ne pas baisser les bras face aux bandits.
Julie, est convaincue que ces bandes armées seront démobilisées un jour et que la paix reviendra un jour ou l’autre dans son pays. Julie est « Brave » et est prête à continuer son combat pour la bonne gouvernance, contre la pauvreté (sous toutes ses formes) et pour le développement durable et de parcourir pour cela des zones forestières isolées. Nous qui lisons son histoire, jusqu’où sommes-nous prêts à aller défendre ces mêmes causes ?
Julie Feza avec un représentant de la Mission des Nations Unies au Congo après son enlèvement
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